START Conseils : Anticipez les conséquences de la dette - Par Pep's Advisory

Mis à jour : avr. 20

Nous assistons actuellement à un recours massif à la dette de la part des entreprises dans le monde. Les grandes, comme les petites. Dans le contexte d’une crise dont on ne connait ni la durée ni la violence de l’impact sur l’économie.

UN GRAND NOMBRE d’entreprises ont décidé d’utiliser les possibilités de sécuriser, de préserver, voire d’accroître leur trésorerie sans toujours anticiper les conséquences de l’endettement créé. L’idée circule qu’il faut absolument contracter un Prêt Garanti par l’Etat « avant que les fonds ne soient épuisés » sans se préoccuper de savoir s’il y a un réel besoin de financement, à quelle échéance, ou de quel montant – prenez le maximum, l’équivalent de 25% de votre chiffre d’affaires, cet argent est quasiment gratuit. Ce n’est pas faux : à un cout de garantie de 0,25% (0,50% pour les ETI), c’est du jamais vu.

Il semble également opportun de profiter des reports de paiements des charges sociales et fiscales ou des échéances de crédit, toujours ça « d’économisé ». Pourtant non, aucune économie dans ces mesures qui, certes, permettront à un grand nombre d’entreprises de passer le cap à court terme car elles n’ont pas assez de trésorerie pour soutenir la baisse, voire la suppression de leur trésorerie, mais les placent dans une situation d’endettement qui n’est pas sans conséquences. De même, pour « confiner » la trésorerie, certaines entreprises décideront de geler le paiement de leurs fournisseurs et payer au cas par cas mettant en plus à risque leur chaîne d’approvisionnement. L’accumulation de ces dettes aura de lourdes conséquences à terme sur la structure bilancielle des sociétés.


Enfonçons une porte ouverte : une dette doit être remboursée. L’activité future, après la reprise, devra donc dégager suffisamment de trésorerie pour couvrir les échéances. Même si les différés

accordés peuvent donner l’impression qu’on a le temps de voir venir, il est indispensable de prévoir les remboursements.

Pour une entreprise dont les difficultés sont réellement conjoncturelles, en lien avec la crise, et dont le retour à la profitabilité devrait se faire avec le redémarrage de l’activité, cela ne devrait pas poser de problème. Certaines, notamment si elles n’ont fait des reports d’échéances et contracté un PGE que par mesure de précaution, n’auront aucune difficulté à assumer des échéances fiscales et sociales alourdies par le report, ni à rembourser le PGE à l’échéance des 12 mois.

Un certain nombre devra consommer cette trésorerie pour tenir le choc et aura besoin de le transformer en prêt à moyen terme l’activité ne permettant pas de dégager assez de trésorerie pour solder cette dette aussi rapidement. En revanche, pour une entreprise qui connaissait des difficultés structurelles – dont la situation était déjà fragile avant le début de la crise, il y a peu de raisons de croire qu’elles gagneront en rentabilité à la sortie et les remboursements pourraient rapidement devenir problématiques. En principe, les dispositifs mis en place ne sont destinés qu’à pallier aux effets de la crise. Il n’est cependant pas toujours évident, à moins de réaliser une analyse financière détaillée, ce qui est compliqué dans une situation d’urgence, d’identifier qu’une entreprise était déjà dans un « mode survie », d’autant que des dirigeants, faute d’un pilotage financier rigoureux, ne le savent parfois pas eux-mêmes. Et est-ce vraiment le moment de les laisser tomber ? Quoi qu’il en soit, il est essentiel d’intégrer le remboursement de toutes dettes contractées dans son plan de trésorerie


Au-delà de l’impact à moyen terme des remboursements sur la trésorerie dégagée par l’entreprise, qui peut freiner certains projets d’investissements, l’endettement a un coût.

Certes, 0,25% c’est imbattable, presque gratuit, mais il n’en reste pas moins que les intérêts sont des charges.

La transformation en prêt à moyen terme[1] s’accompagnera d’une hausse de ce taux, qui pourrait atteindre 1% - un niveau encore très faible, mais une charge quand même. Une autre conséquence de l’endettement est son inscription dans le bilan comptable avec une

détérioration des ratios d’autonomie financière (capitaux propres/dettes) et, symétriquement, d’endettement (dettes/capitaux propres) qui sont utilisés par les banques, mais aussi par certains clients, pour évaluer la solidité d’une entreprise. Un risque d’image qu’il ne faut pas négliger.

Le niveau d’endettement aura inévitablement un impact sur les cotations Banque de France.

La dégradation de ces ratios sera un point faible des entreprises qui auront du mal à négocier un taux d’intérêt plus avantageux ou l’absence de garantie lors d’une demande de crédit court ou moyen terme. Une dette élevée peut également être pénalisante pour un projet de levée de fonds en capital : les investisseurs viennent pour financer la croissance, pas rembourser une dette.


Dans un contexte très incertain quant au moment de la reprise, qui peut, selon les secteurs d’activité, mettre du temps à se matérialiser dans la trésorerie de l’entreprise[2], il est évident qu’il convient de prévoir le pire scénario et de prendre des marges. Pour autant, il faut être conscient des conséquences de l’endettement sur la situation à moyen terme et des freins auxquels il peut conduire.


C’est finalement une question de bon sens : il ne faut pas avoir les yeux plus gros que le ventre et, surtout, ne pas penser qu’il faut profiter de cette énorme manne financière « à tout prix » car il y a un prix.


Par Alexandra Golovanow et Caroline De Decker


[1] Initialement, le PGE est une ligne de trésorerie court terme sur 12 mois, mais il pourra être converti en prêt à moyen terme sur une durée allant jusqu’à 5 ans.

[2] Article START du 31 mars 2020


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