START Conseils - La délicate situation des startups par Pep's Advisory.

Mis à jour : mai 19

L’Etat et les banques ont joué le jeu, les problèmes de trésorerie à court terme ont été couverts pour la plupart des sociétés qui ont vu s’effondrer leur chiffre d’affaires dans le contexte de la crise du Covid 19.

DES FINANCEMENTS qui permettront de passer le cap et de relancer l’activité, même si l’endettement créé aura des conséquences, les remboursements pèseront sur la capacité d’investir. Ces dispositifs adressent des difficultés déjà bien présentes, mais quid des sociétés qui ont une trésorerie suffisante pour couvrir 12 à 18 mois de charges et dont les besoins se matérialiseront courant 2021 alors que ces financements ne seront probablement plus disponibles ? En particulier les startups qui ont peu d’accès à des financements bancaires classiques. Avec la crise, si leur activité est impactée, les startups peuvent être, pour simplifier, dans trois situations différentes :

1 - engagées dans un process de levée de fonds déjà très avancé,

2 - déjà fragiles avant et donc en très mauvaise posture pour attirer des investisseurs,

3 - avec une trésorerie qui peut paraître confortable, mais qui ne suffira pas à moyen terme pour absorber le décalage d’activité. Pour les premières, dans la majorité des cas, la levée de fonds devrait se faire. Néanmoins, le tempo sera souvent ralenti et les négociations sur la valorisation pourraient devenir plus dures, d’autant que les valorisations étaient plutôt élevées avant la crise. Toutefois, dans ce contexte, le plus important est d’assurer la pérennité du développement de l’entreprise.


Si la levée est significativement décalée, il faut trouver une solution de « bridge » pour couvrir le besoin immédiat de trésorerie : faire appel à la banque pour obtenir un PGE que viendrait compléter le Prêt de soutien à l’innovation (PSI) de BpiFrance est certainement la meilleure solution.

Cependant, même si ce financement ne dilue pas l’actionnariat, il dégrade le bilan et diminue la valeur des fonds propres.

L’autre solution est de faire appel aux investisseurs actionnaires déjà en place et de faire abonder BpiFrance sous forme d’obligations pour le même montant, mais, si cela permet de pouvoir supporter l’allongement des process de levées de fonds, c’est aussi une augmentation de la dilution dans des conditions peu favorables. Négocier de réaliser l’opération via un mécanisme type BSA-AIR qui permet de repousser la question de la valorisation peut être une bonne solution. Les secondes sont, pour beaucoup, dans une situation critique.

Les règles relatives aux dispositifs mis en place, notamment la garantie de l’Etat dans le cadre du PGE, sont claires : ces financements ne sont pas destinés à sauver les entreprises qui étaient déjà en difficultés avant la crise.


La définition de l’entreprise en difficultés est ici, non pas liée au dépôt de bilan selon le droit français, mais à une norme européenne stricte (qui n’est pas liée à la crise actuelle, mais s’applique dans le cadre des financements publics en général) : c’est lorsque les capitaux propres sont inférieurs à la moitié du capital social.

Avant de baisser les bras, il faut voir avec son comptable s’il n’y a pas de retraitements possibles sur les comptes, comme par exemple vérifier du côté de la production immobilisée(1) que tout a bien été pris en compte.

Les fonds d’investissement continuent à étudier de nouveaux dossiers, mais sont encore plus sélectifs qu’avant la crise alors que les startups sont devenues moins « bankable ». Si, avec la crise, le besoin de financements est devenu vraiment urgent et que les perspectives de chiffre d’affaires ne permettront pas de tenir, la seule option sera souvent de faire appel aux actionnaires actuels, avec l’abondement de Bpifrance, même s’il faudra probablement accepter une dilution à bas prix, question de survie. Le troisième cas est plus compliqué.

C’est celui des startups qui ont trouvé des financements récemment et qui prévoyaient d’avoir suffisamment de trésorerie pour passer quelques étapes avant une levée de fonds en 2021, en particulier de démontrer l’appétence du marché pour le produit avec un début de traction commerciale.

La crise du Covid 19, qui a stoppé, pour beaucoup, le développement commercial, c’est deux mois « perdus » (si ce n’est plus quand il s’agit de développer une clientèle grands comptes pour qui l’innovation ne sera plus une priorité). Pour une startup, chaque mois compte.

Ce n'est pas évident à appréhender lorsque le chiffre d’affaires était, avant la crise, encore balbutiant (et donc la perte de chiffre minime), voire nul, alors que la trésorerie permet de couvrir un an ou plus de charges, de « cashburn »).


Les conséquences de la crise vont au-delà d’un simple décalage de chiffre d’affaires : le besoin de trésorerie, et donc de lever des fonds, arrivera plus tôt alors que moins de choses auront été démontrées.

En clair, ces startups seront en moins bonne position pour attirer des investisseurs et négocier une valorisation favorable. Nous pourrions imaginer que les investissements prévus au business plan pourraient être mis en stand-by pour gagner du temps, mais la plupart des start-ups sont dans une course au développement et ne peuvent pas se permettre de ralentir, même au contraire.


Attendre que la situation devienne critique pour chercher des financements, c’est se priver de bénéficier des dispositifs aujourd’hui mis en place pour passer la crise alors que les difficultés en découleront directement. Certaines banques l’ont compris et accordent donc des PGE pour un besoin qui se matérialisera dans le futur.

Pour les startups, le plafond du prêt à 25% du chiffre d’affaires n’a pas vraiment de sens et a donc été fixé à deux fois la masse salariale de l’exercice précédent. Toutefois, ce montant reste théorique et les banques font preuve de prudence sur les montants accordés dans ce contexte – BpiFrance peut intervenir en renfort.


Pour convaincre, le dirigeant de l’entreprise doit présenter un dossier convaincant et très étayé expliquant clairement le décalage d’activité et le besoin de trésorerie lui permettant d’aller sereinement jusqu’à la prochaine levée de fonds.

Les startups vivent déjà structurellement une gestion serrée du cash, et, dans ce contexte de crise conjoncturelle, elles seront très exposées au risque de défaillance.

Le manque de trésorerie, s’il ne les met pas forcément en danger aujourd’hui, le fera demain. Pour certaines, il y a très peu d’options de financements pour passer le cap et il faudra faire preuve de résilience.


Le confinement a néanmoins mis en lumière certains enjeux (digitalisation, environnement, organisation du travail, santé, etc.) auxquels les startups, par nature agiles et réactives, seront les premières à répondre et il y aura des opportunités à saisir.

Par Alexandra Golovanow et Caroline De Decker


(1) En simplifiant, une société innovante peut « immobiliser » certaines charges de R&D i.e. les inclure dans les immobilisations à l’actif dans le bilan et les « annuler » dans le compte de résultat en comptabilisant un produit, ce qui améliore automatiquement le résultat net et donc le niveau de capitaux propres


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